Conférence sur le thème de « la rationalisation des métiers du social »par Madame Françoise Tschopp, jeune retraitée, anciennement responsable du Centre d’études et de formation continue pour les travailleurs sociaux à la Haute école en TS de Genève, enseignante, superviseure intervenante au sein des équipes et institutions sociales et éducatives, membre fondatrice de l’Association Internationale pour la Formation, la Recherche et l’Intervention Sociale (AIFRIS)
Madame Françoise Tschopp a développé dans son mandat
d’enseignante, de superviseure et de responsable du CEFOC un engagement proche de
celui vers lequel essaie de tendre notre association. Il s’agit pour elle comme
pour Trait d’union d’ouvrir des espaces de dialogue entre les différents
acteurs du Travail social. L’AIFRIS, dans laquelle elle s’est engagée vise des
objectifs également similaires dans leur énoncé. L’association internationale propose des « espaces de rencontre pour faire le point
d'une part sur les recherches scientifiques, les expériences pédagogiques et
les pratiques professionnelles et d'autre part sur les transformations socio-économiques
contemporaines. Elle soutient toute action qui garantit les droits sociaux
fondamentaux et qui participe à la promotion de l'idéal démocratique. ». Interpellé par une intervention
en novembre dernier à Lausanne concernant leseffets des politiques sociales actuelles, Trait d’union a tenu à
profiter de la réflexion de Françoise Tschopp sur les effets de la
rationalisation, des logiques marchandes et gestionnaires sur les pratiques en Travail social. De
quelle façon le sens
de l’action sociale est réinterrogé ? Quelles pistes de réflexion et quelles
alternatives pouvons-nous dégager/penser pour les pratiques de formation et de
terrain permettant de rester créatif et dynamique et en accord avec des valeurs
éthiques des professions du Travail social ? Comment agir sur les
contraintes , en faire des opportunités ?
Dans sa conférence et dans un premier temps, Françoise Tschopp a tenu à relever toute une série de constats, preuve de la rationalisation en marche des métiers du social, conséquences de la marchandisation des interventions et de l’installation au sein des organisations de nouvelles pratiques de gestion managériale. Forts de ces nombreux faits, elle a tenu à s’arrêter sur quatre problématiques majeures : l’évolution des statuts et des profils de formation au sein du Travail social, le manque de reconnaissance des métiers du Travail social, la difficulté pour les travailleurs sociaux de rendre lisibles leurs actions et enfin les dilemmes auxquels sont confrontés ces mêmes travailleurs dans leurs pratiques quotidiennes. Pour conclure, elle nous a invités à réfléchir au risque de mise en servitude volontaire des acteurs du social. Citant Roland Gori dans l’appeldes appels, elle nous a encouragés à ne pas céder à l’injonction qu’il faille faire plus vite avec moins[1]. Afin d’éviter de devenir des exécutants d’exclusion des « mauvais » usagers, elle nous a invités à réfléchir à nos marges de manœuvres, à développer des ruses de résistance. Trait d’union semble dans sa conception pouvoir être une de ces ruses. Elle parle dans son texte de « créer des collectifs de professionnels de terrain articulant la pratique et l’accompagnement, produire une réflexion, interroger le rôle du collectif dans l’institution et hors institution, les finalités à l’œuvre, revenir au sens du social quand celui-ci est lié à la justice et au respect de l’humain est un travail de résistance fondamental. L’ouverture pour un maillage avec d’autres champs professionnels en rendant ainsi plus visibles et plus légitimes les pratiques de résistances multiples est une exigence collective pour construire un lien entre les professionnels du social et des professionnels d’autres domaines. »[2] Elle a terminé son intervention en faisant l’éloge de la gratuité, du non-quantifiable, de l’inestimable, de la lenteur, de la réflexion, … même si ces qualités ne se mesurent pas avec des indicateurs économiques se limitant à la quantité. Il s’agit là d’une invitation à agir qualitativement en travail social sans tomber dans la dérive quantitative.
Nous tenons encore à la remercier pour son intervention et pour le texte qu’elle nous permet de mettre en ligne. N’hésitez pas à nous faire part de vos remarques, de vos expériences en lien avec cette thématique de la rationalisation des métiers du social. Plusieurs ouvrages sont cités et référencés dans le texte ci-dessous.
[1] « Résister à la normalisation des conduites » Entretien avec Roland Gori, propos recueillis par Alain Policar dans « Raison présente », n.171, 3ème trimerstre 2009.
[2] Françoise Tschopp « AGIR SUR LES CONTRAINTES : EN FAIRE DES OPPORTUNITES La ruse de la résistance des professionnels du social », texte de la conférence donnée en novembre 2011, p.8